Poppy Ackroyd : « Cet album parle autant de surmonter la peur que du deuil » - interview autour de « Liminal »

Publié le 29 juin 2026 à 12:30

« Liminal », le dernier album de Poppy Ackroyd (détails ici) a pris vie dans une période chaotique : deuils, déménagements, doute profond. Une gestation douloureuse mais également empreinte de moments de ressourcement, au cœur d’une forêt, avec une nature qui rappelle de manière salvatrice son bon droit. A l’instar des dialogues de hiboux qui bercent les nuits de la compositrice Britannique. Elle nous a ouvert sa porte le temps d’une conversation aussi pudique que lumineuse.

« Notes On Water est une lettre d’amour à mon père quand je savais que je le perdais. » - Poppy Ackroyd

« Notes On Water » avait été composé pour votre père Norman dans ses derniers mois et  « Liminal » semble traversé par les mêmes absences. Est-ce que ces deux albums forment, un diptyque sur le deuil et la résilience ?

Oui, ces deux sorties sont clairement liées. Créés sur la même période, « Notes On Water » est une sorte de lettre d’amour à mon père, à un moment où je savais que j’étais en train de le perdre. Et « Liminal » traite davantage de la perte et du deuil. Mais les deux projets cherchent à trouver quelque chose de positif dans les moments les plus sombres : célébrer la vie, l’amour, la force et, comme vous le dites, la résilience.

Pour « Liminal », vous avez choisi de revenir à l’usage exclusif du piano et du violon, comme sur « Feathers » en 2019. Cette règle radicale d’épure, c’est une façon de vous protéger du bruit du monde, ou au contraire de vous exposer davantage en vous mettant à nu ?

J’ajoute en fait un instrument cette fois, mon dernier album « Pause » était très dépouillé et n’utilisait que le piano. Mais je joue aussi beaucoup à l’intérieur du piano sur cet album, en pinçant et en frappant les cordes. Donc d’une certaine manière, ça donne l’impression d'avoir plus d’un instrument.

Je trouve qu’imposer une limitation en composant aide à créer plus de liberté musicale. Ça m’aide à simplement suivre la musique là où elle m’emmène, à l’intérieur de ces frontières. Il y a encore tellement de possibilités à explorer avec ces deux instruments seulement, j’ai l’impression que même après plus de quinze ans, je n’en ai effleuré que la surface.

« Je m’endors en écoutant les hiboux se parler. » - Poppy Ackroyd

Votre studio donne désormais sur une forêt ancienne nimbée de marais. Est-ce que ce que vous entendez et voyez par la fenêtre nourrit votre musique, consciemment ou non ?

Absolument. J’ai trouvé incroyablement inspirant de vivre là où je suis maintenant. Je m’endors en écoutant les hiboux se parler. Les collines devant mon studio sont magnifiques et je peux m’y perdre quand je travaille. Je n’avais jamais vécu en dehors d’une grande ville auparavant. Ça m’a vraiment donné un sentiment de calme dont je ne savais pas que j’avais besoin, et beaucoup plus d’espace mental. Je ressens et je pense différemment ici, et cela a eu un effet très positif sur ma créativité.

Le mot « liminal » désigne cet entre-deux inconfortable, ni ici ni là, ni avant ni après. Moins de deux ans après les pertes que vous évoquez, comment vous situez-vous dans cet espace liminal ? Sentez-vous que vous avez commencé à le traverser ?

J’ai l'impression d’atterrir doucement de l’autre côté de quelque chose. Tout cela m’a paru très grand, mais maintenant les choses sont plus légères. J’ai aussi déménagé deux fois durant cette période. Mais aujourd'hui je me sens vraiment posée et j'envisage l’avenir avec beaucoup de positivité.

« C’est l’album le plus instinctif que j’aie jamais fait. » - Poppy Ackroyd

Vous composez, jouez, enregistrez, mixez et produisez vous-même depuis vos débuts. Dans une période aussi chargée émotionnellement, est-ce que ce contrôle total sur votre musique vous a offert une sorte d’échappatoire, un espace de liberté dénué d’emprise ?

Je ne pense pas pouvoir faire ma musique autrement. Tous ces éléments font partie du même processus pour moi. Mais cette fois-ci, c’était vital de procéder ainsi car je composais entre mille choses, en saisissant les instants et les humeurs au moment où ils venaient à moi. C’est l’album le plus instinctif que j’aie jamais fait.

Vous dites avoir trouvé « un nouveau moi plus doux » en vous fondant dans les choses. Qui est ce nouveau moi, et qu’est-ce qu’il veut dire à travers sa musique que l’ancien ne pouvait pas encore dire ?

J’ai l'impression d’être une personne différente de celle que j’étais il y a trois ans. Oui, je suis plus douce, mais je me sens aussi beaucoup plus forte, et j’embrasse cette nouvelle force. Cet album parle autant de surmonter la peur que du deuil. La sensation exaltante de surmonter quelque chose dont on avait peur est tellement puissante que je veux la partager. Et j'espère qu’elle se ressent dans certaines parties de l’album.

#LeDeuilCommeForceDeReconstruction

Poppy Ackroyd - Liminal / Disponible chez One Little Independent Records.

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